c) Le coeur artificiel

 

          Lorsqu'on est un enfant et que l'on apprend que les greffes de cœurs existent, notre première réaction est peut être de se dire «mais si ces personnes changent de cœur, elles vont aussi changer leurs sentiments envers leurs proches !». En effet, nous disons «je te garderai à tout jamais dans mon cœur», «je t’aime de tout mon cœur» et ces expressions sous-entendent que nos sentiments d’affection proviennent de notre cœur. Or c’est notre cerveau qui est le seul responsable de nos pensées et de nos sentiments. Il n’empêche que le cœur est un organe vital à l’Homme puisque dès qu'il s’arrête de battre, l’Homme s’arrête de vivre. Certaines personnes souffrent dinsuffisance cardiaque sévère et terminale pouvant être liée à différents facteurs tel qu’une maladie coronarienne, une crise cardiaque, une maladie du cœur héréditaire, des troubles de valvules cardiaques… pour ces personnes la seule solution est une greffe de cœur. Seulement les donneurs sont rares en comparaison du nombre de personnes en attente d’une greffe. De plus, il faut attendre le décès du donneur pour que la greffe puisse être effectuée. Néanmoins, de nos jours, la science crée des espoirs pour toutes ces personnes en attente avec les cœurs artificiels. Nous nous intéresserons ici au projet du professeur Alain Carpentier.

 

 

           Pour commencer, un petit rappel sur le fonctionnement normal d’un cœur :

        Le cœur est divisé en deux parties distinctes : le côté droit, comprenant l’oreillette droite et le ventricule droit, et le côté gauche, comprenant l’oreillette gauche et le ventricule gauche. Au cours d’un battement normal du cœur, le sang pauvre en oxygène renvoyé par le corps pénètre dans l’oreillette droite par la veine cave. L’oreillette droite se contracte, ce qui fait passer le sang dans le ventricule droit. Puis le ventricule droit se contracte et envoie le sang dans l’artère pulmonaire, puis dans les poumons. Simultanément, le sang riche en oxygène provenant des poumons est amené au cœur par les veines pulmonaires. La veine pulmonaire se vide dans l’oreillette gauche qui se contracte pour pousser le sang riche en oxygène dans le ventricule gauche. En même temps que le ventricule droit, le ventricule gauche se contracte et pousse le sang dans l’aorte qui distribue le sang dans les artères de l’ensemble du corps.

 

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       carpentier.jpg  Ce qui nous amène au professeur Alain Carpentier (photo ci-contre). Le Pr Carpentier à 78 ans continue d’opérer à l’hôpital européen Georges-Pompidou, il préside l’Académie des sciences, enseigne dans les plus grandes universités, a fondé des services de chirurgie cardiaque au Moyen-Orient ainsi que le laboratoire de recherche biochirurgicale de l’hôpital européen Georges-Pompidou. Il a reçu en 2007 le Prix Lasker pour la recherche médicale pour la mise au point de bioprothèses valvulaires en cartilage de porc. Il y a une quinzaine d’années, Alain Carpentier concluait un partenariat avec Jean-Luc Lagardère (Aerospatiale-Matra et EADS Marconi Space, décédé en 2003) afin de conduire ses recherches sur un prototype de cœur artificiel autonome français au sein d’un groupement d’intérêt économique basé à Villacoublay (France) qu’il a baptisé Carmat (concaténation de Carpentier et de Matra).

        

 

 

Vidéo présantant le travail d'Alain Carpentier et de son équipe de chercheurs



         L’idée d’un cœur de synthèse n’est pas nouvelle, en effet, elle remonte à 1960 et, à partijarvik-7.jpgr de cette date, de nombreuses réalisations ont vu le jour dans les laboratoires à l’état de prototypes. En 1982 a été implanté le premier modèle opérationnel : le Jarvik 7 (photo à droite). Malheureusement, le patient, Barney Clark, à qui il fût implanté, ne survivra qu’un peu plus de 3 mois avec cet appareil beaucoup plus gros qu’un cœur naturel et relié à un encombrant compresseur extracorporel de plus de 40kg. D’autres problèmes ont été soulevés avec ce type de prothèses, comme les risques de coagulation  à l’intérieur de l’appareil.

          

 

        Le prototype Carmat de cœur artificiel, développé par Alain Carpentier, n’occupe que 40% de la taille du Jarvik et pèse 1200 grammes. Dans sa version finale, l’équipe veut réduire son poids à 900 grammes, encore plus lourd que l’organe naturel (300 grammes), il reste cependant acceptable par l’organisme. Ce cœur artificiel a été imaginé grâce au modèle du cœur naturel. En effet, le cœur Carmat reproduit l’architecture du cœur humain. Constitué de deux ventricules indépendants, le débit de chacun étant commandé par des capteurs de pression, un circuit électronique adapte l’ensemble de la prothèse aux besoins de son porteur. L’alimentation en énergie se fait par des batteries rechargeables à la fois externes et internes, la liaison pouvant s’effectuer via une prise électrique implantée dans le crâne et dissimulée derrière l’oreille (un emplacement qui a la particularité de ne pas s’infecter). De plus, ce cœur artificiel est fabriqué en matériaux qualifiés de « bio-synthétiques »  qui réduisent de façon significative la formation de caillot sanguins tout en éliminant le risque de rejet. Les procédés de fabrication du prototype ainsi que ces matériaux sont protégés par une série de brevets qui nous empêchent d’en savoir plus.

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           De gauche à droite: prototype du coeur Carmat, crédit Carmat.  Schéma du fonctionnement du coeur artificiel. Le coeur Carmat présenté par Alain Carpentier, crédit Cramat.

 

           La société américaine Abiomed a obtenu en septembre 2006 une autorisation de la FDA (Food and Drug Administration, Etats Unis) pour des essais cliniques de leur modèle : l’Abiocor, sur des patients en danger de mort. L’Abiocor est le modèle concurrent et similaire au cœur Carmat. Cependant ce dernier est constitué de 3 parties. De plus, les essais réalisés par Abiomed ne sont pas totalement positifs : sur 14 greffes réalisées, 12 patients ont survécu et 19 accidents cardio-vasculaires ont été enregistrés (formation de caillots sanguins). Le prototype Carmat devrait considérablement réduire ces accidents grâce à l’utilisation de matériaux bio-synthétiques.

rtemagicc-abiocor-281008d-jpg.jpgL'Abicor, prothèse développée par Abiomed

 


            Le 16 juin 2010, Le Figaro publie un article dans lequel la journaliste écrit : « Fin 2011, Carmat réalisera ses premières implantations de cœur artificiel chez l'homme. Si les essais sont positifs et qu'ils permettent de survivre 180 jours, ces cœurs, capables de remplacer les greffons, pourraient être commercialisés dès 2013. Il s'agirait d'une véritable prouesse technologique. Aujourd'hui, c'est en tout cas un pari. ». Néanmoins ces implantations coûteront cher (environ 260 000 euros). La société Carmat annonce sur son site internet les premiers essais cliniques pour cette année, après accord des autorités réglementaires compétentes. Alain Carpentier souhaite que ce coeur soit profitable au plus grand nombre de patients, il veut également qu'il soit fabriqué en France.

 

              Avoir un appareil à la place du cœur, une preuve de plus que l’Homme est entrain de se robotiser. Pourtant, ces appareils pourraient sauver la vie de millions de personnes dans le monde…

 

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Date de dernière mise à jour : samedi 25 Février 2012

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